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Isabelle Pousseur

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Ce Prix récompense souvent de fortes têtes et de fortes femmes du spectacle vivant : Michèle Braconnier, Anne Kumps, Huguette Van Dyck, Martine Wyckaert, Frie Leysen : nous sommes fiers de notre palmarès dans lequel vient s’inscrire tout naturellement Isabelle Pousseur. Elle a parcouru toutes les marches des métiers de théâtre, actrice, metteuse en scène, professeur, directrice de compagnie puis d’un des théâtres d’art et d’essai les moins rémunérés de la FWB : Océan Nord. Cette année avec un festival de solos de femmes, belges et africaines, elle reste fidèle à elle-même : généreuse, ouverte à tous les (jeunes) talents (ici africains, Edoxi Gnoula et Aminata Abdulaye Hama) et fidèle en amitié (un texte de J.M Piemme, une solo-performance de Myriam Saduis). Voilà pour les qualités morales, un terme bien désuet dans la jungle des villages théâtraux, mais qui lui vaut son pesant d’estime dans ce milieu volontiers cynique. Et l’Artiste ? Sa vocation remonte à l’enfance, à ce carnaval de Malmedy où de 2 à 14 ans elle a joué tous les rôles, Bécassine, Arlequine, Indienne, Long Bras, Long Nez et éprouvé le plaisir intense et la puissance du masque. Jusqu’au jour où elle introduit des « étrangers », des amis liégeois un peu trop démonstratifs et se sent exclue de sa communauté.  Cette expérience d’appartenance et d’exclusion, de rapport entre l’individu et le groupe deviendra un des motifs centraux de mes histoires, de mon théâtre. » avoue-t-elle dans un bel essai sur elle-même Le Théâtre de l’Autre, aux éditions Alternatives théâtrales. Autre notion importante dans sa personnalité : elle est née à la frontière entre la Belgique et l’Allemagne. Je suis l’enfant de cette frontière. C’est là que se niche une identité trouble, contradictoire et masquée qui n’a cessé de m’intriguer » Ce qui caractérise aussi Isabelle c’est une sorte d’inconfort, de doute existentiel fréquent : ses études à l’Insas lui donnent un « sentiment d’inutilité », d’ennui sauf quand en 3è année Michel Dezoteux l’initie aux exigences physiques du monde de Grotowski qui l’entraîne «au-delà de la fatigue ». C’est comme un délic, elle commence à se trouver dans ce théâtre physique dur, sans concessions. Plus tard un spectacle magique, inoubliable, met fin provisoirement à ses doutes. Tous ceux qui ont vu à Liège (où il fut créé) ou à la Balsamine « Je voulais encore dire quelque chose. Mais quoi ? en sont marqués : un regard nouveau sur le théâtre, presque sans paroles mais avec une folle énergie dans l’espace d’un étroit couloir, montrant cette fameuse frontière entre l’individu et le collectif de manière ludique et grave. Enfin « elle se pense metteur en scène ». Elle affrontera plus tard Avignon dans les années 90 avec un Adamov qu’elle aime, reçu comme trop froid et un Strindberg qu’elle déteste mais aimé du public. Eternelle contradiction. Mais son amour va surtout aux grands textes littéraires comme Le géomètre et l’architecte d’après Kafka ou Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas d’Imré Kertesz ou des auteurs contemporains, très différents J.M Piemme, Sarah Kane, Lars Noren ou , plus récemment un « Songe d’une nuit d’été » africain avec ses élèves burkinabé. Un de ses talents majeurs est d’accueillir des propositions de jeunes acteurs qu’elle repère comme professeur à l’Insas et à qui elle donne la chance d’un premier projet. Ou des initiatives de sa bande de familières, Véronique Dumont, Catherine Salée, Laurence Vielle, Magali Pinglaut, Catherine Mestoussis et bien sûr Myriam Saduis dont elle a programmé toutes les créations. En discrète toile de fond, son père, Henri Pousseur, compositeur d’avant-garde, le gardien secret d’une certaine exigence envers elle-même. Isabelle Pousseur, fidèle à ses racines se donne aussi la liberté de les trahir pour ne pas faire du sur place esthétique. Autre mot clé chez elle : transmettre car transmettre est le but dont être n’est que le moyen CJ