Is there life on mars?

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Alors que les psys s’écharpent toujours sur les causes et les traitements de l’autisme et alors que personne ne semble avoir véritablement percé les mystères de ce trouble, au spectre si large qu’il est impossible d’en définir les contours exacts, « Is there life on mars ? » nous met en orbite autour de cette planète réputée impénétrable. Par une alchimie miraculeuse entre scénographie, vidéo, mouvement, son et lumières, la pièce nous donne l’impression de toucher au plus près du quotidien des autistes et de leur entourage. Casque sur les oreilles, les comédiens entendent les témoignages récoltés en amont de la pièce et les reproduisent en direct, en les imitant plutôt qu’en les jouant, ce qui donne un côté spontané, à vif, aux confessions. Mais la réussite de la pièce tient surtout à son contrepoint onirique : des pas de danse font écho aux mouvements compulsifs ; la vidéo crée des effets d’optique pour dire le décalage que ressentent les personnes autistes ; en quelques mouvements déplacés, on comprend qu’il leur faut jouer la comédie pour se conformer à des codes sociaux qui sont complètement naturels chez les autres. Formidable boîte à tiroirs, la scénographie de Cécile Hupin s’ouvre sur des décors infinis, dans une improbable cacophonie qui rend à merveille ce chambardement de bruits et d’images qui assaillent des personnes autistes hyper sensibles aux plus infimes détails de leur environnement. C’est la grande force de ces tableaux composites : sans jamais être illustratifs, ils nous donnent à sentir une façon d’être, sans jamais la fixer vraiment. (C.Ma.)
Is there life on Mars ?, D'Héloïse Meire (Compagnie What’s Up ?!). Scénographie : Cécile Hupin. Assistante : Esther Sfez. Mouvement : Sandrine Heyraud. Créateur sonore : Guillaume Istace. Créateur lumière : Jerôme Dejean. Vidéo : Matthieu Bourdon. Créé au Théâtre National. Coproduction Festival de Liège Reprise : du 6 au 26 juillet 2017 à Avignon au Théâtre des Doms et en tournée en Belgique francophone en février-mars-avril 2018

Vernon Subutex

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Vernon Subutex « on stage » : il y a des audaces qui tirent dans le mille. Musique et Poésie, théâtre musical, souffle punk-rock, beatnik, art et culture de la tangente à l’image du portait de génération qu’épingle Virginie Despentes dans sa trilogie dont les deux premiers tomes ont été ici adaptés par le metteur en scène-acteur René Georges (Cie Hypothésarts). Une phrase en passant de cette génération qui avait 20 ans dans les années 90 : « Le premier morceau que j’ai su jouer entier, c’était She’s Calling You. Ca m’a pris un été. C’était une guerre qu’on faisait. Contre la tiédeur ». Atmosphère, atmosphère. La création technique et artistique est de premier plan aux côtés de l’acteur lui-même en récitant littéraire. René Georges a judicieusement embarqué dans l’aventure le musicien-chanteur-songwriter Kris Dane et le réalisateur Xavier Istasse. Bingo : ça déchire.

Créateurs d’images pour la RTBF, photographe et réalisateur, vidéaste pour le théâtre, Xavier Istasse voyage dans un monde vaste, hétéroclite. Un globe-trotter attaché au patois wallon, qui soutient activement les migrants et réfugiés syriens ou d’ailleurs. Dans Vernon, il nous ramène les lieux du roman, croisant des superbes portraits de gens « des gueules ». Il nous fait tourbillonner dans des images, des couleurs, des perspectives créées, inspirées de la culture graphique punk et de l’esprit « fanzine ». Waouw ! Sur scène, Kris Dane (entre autres ancien membre de Ghinzu) y va de son riff aussi : guitare, costard, voix folk-rock-blues glissant dans l’apaisement, errant à son tour avec, au détour, une gratte nerveuse « garage ». Waouw! Ce Vernon Subutex est une belle équipée.

Il y a de la dégaine dans cette traversée sombre, existentielle, entre la société et ses individus largués qui se cassent dans l’errance. Poétique et politique, on plonge dans ce  concert global aussi touchant que le roman-phare auscultant l’état de notre société, ici et maintenant.  N.A.

Vernon Subutex, Texte Virginie Despentes, conception, adaptation & jeu René Georges, musique et chant Kris Dane, basse d’Anthony Marcon, drums Orisha, images et réalisation art vidéo Xavier Istasse, lumières Julien Soumillon  et Simon Fosséprez, Créé au Théâtre de Namur, Coproduction Cie Hypothésarts, XK Theater Group , coproduction Théâtre de Namur / Centre Dramatique et Découvrez-vous !

 

Wilderness

/web/photos/2017-wilderness_hubertamiel.jpgArieh Worthalter met sa propre histoire à l’épreuve du plateau. Seul en scène, il raconte deux années d’errance qui l’ont amené à se confronter aux limites de la solitude. Coupé du monde, à la marge des villes, hors système, il aura vécu un hiver complet dans une cabane au nord du Canada. La mise en scène de Vincent Hennebicq enferme l’acteur dans un immense cube de verre. Isolé du reste de la salle, il s’adresse au public de l’autre côté d’une paroi vitrée dans un décor qui reflète fidèlement la nature à l’état sauvage avec ses roches, ses arbres et ses ruisseaux. Le récit s’étire sur plus d’un an et, au-delà du sentiment d’isolement palpable dès les premières scènes, l’équipe artistique est parvenue à rendre perceptible l’égrainage du temps, transformant ce décor en personnage à part entière. La chaleur moite de l’été laisse place aux couleurs de l’automne avant que l’hiver, la neige et le froid ne portent un coup fatal au personnage. Boris Dambly à la scénographie, Arié Van Egmond aux lumières et Thomas Turine aux effets sonores parviennent à placer le public en situation de voyeur impuissant qui observe, depuis le confort d’une salle, un acteur se battre contre les éléments. Ils relèvent avec brio un pari osé : transformer la boite noire du théâtre en un décor à ciel ouvert. (F. C.)
Wilderness, d'Arieh Worthalter et Vincent Hennebicq. Mise en scène de Vincent Hennebicq. Scénographie : Boris Dambly. Création lumière : Arié Van Egmond. Création sonore : Thomas Turine. Costumes : Émilie Jonet . Créé au Théâtre National. Coproduction Théâtre National, Festival de Liège Reprise : du 23 au 25 janvier 2018 au Théâtre de Namur