Apocalypse bébé

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Il fallait oser monter un roman qui se lit comme on regarde un road movie, en multipliant les décors et les rencontres. L'auteur Virginie Despentes emmène ses personnages de Paris à Barcelone, la metteuse en scène Selma Alaoui n'évite quasiment aucune étape et la scénographe Marie Szersnovicz en a imagine l'itinéraire scénographique. Quoi de mieux que de mettre une voiture sur scène pour embarquer dans cette enquête ? Les éléments du décor vont et viennent comme dans un ballet, du bureau austère de l'enquêtrice à une boîte de nuit espagnole. « Un spectacle n'évolue jamais de manière linéaire, mais par couche », explique Selma Alaoui pour expliquer son dialogue avec son équipe. « Même si ça n'apparaît plus au final sur scène, tout ce qui a été pensé à un moment transpire sur scène. » Interviennent aussi la vidéo de Bruno Tracq et les lumières de Simon Siegmann pour dessiner au final un espace de jeu extrêmement mouvant et narratif. Il en fallait plus pour faire peur à Marie Szersnovic. Habituée de nos scènes, cette diplômée de l'Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg ne cesse de nous éblouir ar sa capacité à créer l'écrin qui accueille tantôt un seul en scène au climat humide et ironique (« Et avec sa queue il frappe », saison 2013/2014) ou du théâtre documentaire en milieu froid et clinique (« Études » de Françoise Bloch cette saison). Son talent est de se mettre pleinement au service de l'histoire à raconter et des thèmes que le spectacle véhicule. Scénographe attitrée des productions de Transquinquennal, elle aime se confronter aux projets décalés. La cohérence demeure de sorte à ce que la scénographie soit le personnage ultime du spectacle. (N.N.)
Apocalypse bébé, de Selma Alaoui d'après Virginie Despentes (Collectif Mariedl). Scénographie de Marie Szersnovicz. Créé au Théâtre de Liège. Coproduction Théâtre de Liège, Théâtre Varia, Théâtre de Namur, Manège.Mons

Les enfants du soleil.

/web/photos/2017-lesenfantsdusoleil_alicepiemme.jpgAprès Vania ! en 2014, Christophe Sermet poursuit son diptyque consacré aux auteurs russes s’attelant, après Tchékhov, au théâtre politique de Maxime Gorki. La pièce a été composée en 1905 au lendemain d’une révolte avortée en Russie. Maxime Gorki veut sensibiliser aux idées de la révolution. Il brosse le portrait d’une élite sociale isolée du monde et aveugle à la détresse d’un peuple. Ils sont médecins, vétérinaires, artistes et professeurs. Trop occupés à rêver la vie ou à la réinventer, ils n’imaginent pas qu’au dehors de la propriété, un mal fait rage et qu’ils sont cernés par le peuple en colère. Christophe Sermet opte à nouveau pour un dispositif épuré et efficace. L’immense bar que l’on apercevait dans Vania ! se transforme en table de cuisine. Le meuble, seul élément concret, occupe toute la largeur de la scène et sert de point d’ancrage au débat. Simon Siegmann à la scénographie imagine une entrave, un panneau transversal qui surplombe le plateau le divisant de part en part. Tantôt support à la vidéo, tantôt rideau de scène, le dispositif réduit encore l’espace de jeu, obligeant presque les acteurs à se mettre à table. La puissance du décor ne se révèle qu’à la fin du spectacle. Lorsque les personnages de la pièce sont rattrapés par une foule en colère, la table des utopies est alors renversée et devient barricade ; une autre métaphore politique. (F. C.)
Les enfants du soleil de Christophe Sermet d'après Maxime Gorki (Compagnie du Vendredi). Scénographie de Simon Siegmann. Créé au Théâtre des Martyrs. Production le Rideau de Bruxelles

Tableau d'une exécution

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Le principal personnage de la pièce est un tableau monumental représentant l'effroyable bataille de Lépante, commandée par les autorités de la Venise du XVIe siècle à l’artiste Galactia. Celle-ci, peintre réaliste et femme intransigeante et libre, entend restituer toute l'horreur du massacre du fait de guerre alors que le Doge attend une allégorie chrétienne sur « la plus noble des victoires sur les païens turcs ». L'artiste et le politique s'opposent, dans des rapports très complexes, conscients que ce qui restera de la bataille, c'est l'image qui se substituera à la réalité. Si le tableau est au centre de l'histoire, il n'apparaît à aucun moment, seules des transpositions sont montrées par le jeu et le corps des acteurs. Lorsqu'il est dévoilé, la violence qu'il renferme est évoquée sous la forme de scènes de combat presque esthétiques. La pièce brille également par un dispositif scénique impressionnant avec un écran incliné suspendu au-dessus de la scène. Tantôt miroir, il renvoie l'image des comédiens qui évoluent sur la scène. Tantôt opaque, il sert de support aux images qui y sont projetées. Enfin transparent, voire translucide, il permet de voir des personnages situés dans les hauteurs de la scène. (D. B.)
Tableau d'une exécution, de Howard Barker. Mise en scène d'Emmanuel Dekoninck (Les Gens de bonne compagnie). Scénographie de Renata Gorka. Créé au Théâtre de Namur. Coproduction Théâtre de Namur, Théâtre de Poche