Anima Ardens

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Onze hommes nus sur un plateau totalement dépouillé se transforment en animaux dans un rituel énigmatique. Entre possession et folie, les individualités prennent la forme de petits personnages étranges semblant sortir d'un tableau de Jérôme Bosch avant de reformer une communauté dans un crescendo à l'unisson parfaitement chorégraphié. « Anima Ardens », âme brûlante en latin, évoque une meute en pleine mutation, entre animalité et humanité, mais aussi les sociétés secrètes, exclusivement masculines, et leurs rituels. Dans une scénographie entièrement basée sur le décor sonore constitué, d'une part, par une création vocale signée Jean Fürst et, d'autre part, une bande-son réalisée par Francisco Lopez, le chorégraphe Thierry Smits convoque sur le plateau une tribu conçue comme un échantillon de l'humanité. Loin d'être obscène, la nudité des hommes met en lumière la diversité des couleurs de peau. Le dépouillement choisi replace au centre du spectacle, l'interprète, les interprètes, dans un univers singulier où l'on retrouve le sens de l'image, du mouvement et l'intensité caractéristiques du travail du chorégraphe.D.B.
Anima Ardens, de Thierry Smits (Compagnie Thor) créé au Studio Thor avec la collaboration du Théâtre Varia.

Giovanni's club

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Dans un décor démesuré qui évoque autant un lieu de luxure qu'un lieu de prière, des hommes se donnent en spectacle, se dévoilent sur scène, exposent leur corps et leur nudité aux regards des spectateurs. Hors la lumière aveuglante des spotlights, dans les coulisses du Giovanni's Club, les hommes sortent de leur personnage, viril, les hommes montrent leur vrai visage, dévoilent leur âme. Le cabaret devient groupe de parole, thérapie collective, clinique de désintoxication. Et quand le spectacle reprend, ils remettent masques et armures pour remonter sur scène. Claudio Bernardo évoque le mythe de Don Giovanni et de son pendant réel Casanova pour questionner la virilité aujourd'hui. Ces deux libertins impies incarnent tous les travers attribués à l'homme.Séducteurs insatiables, ils n'ont de cesse de multiplier les conquêtes pour affirmer leur emprise sur les femmes. Mais aujourd'hui, le féminisme est passé par là et l'image de l'homme dans toute sa virilité est cassée. Il a du mal à trouver sa position mais continue à résister par la force et le pouvoir. La mise en scène est grandiose et les interprètes impressionnants par leur précision et leur capacité à se rire des frontières qui séparent la danse, le chant et le cirque, même si la chorégraphie, très écrite, est omniprésente. Claudio Bernardo déconstruit le mythe de l'homme viril pour faire de la place aux autres genres.D.B.
Giovanni's club, de Claudio Bernardo (Compagnie As Palavras), créé au Théâtre Varia, coproduction Ars Musica, Théâtre de Liège.

Ayelen Parolin

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Native de Buenos Aires, établie à Bruxelles, Ayelen Parolin a été interprète notamment pour Mathilde Monnier, Mossoux-Bonté, Mauro Paccagnella, Louise Vanneste. Depuis 2004 et son premier solo, l'autobiographique « 25.06.76 », qu’elle met à jour à chaque nouvelle reprise, la créatrice sonde obstinément le binôme nature/culture, l’humain et sa part animale. Et se réinvente sans répit, au gré d'un travail cohérent dans son éclectisme, irrigué par la rigueur autant que par la curiosité.

Éclos en Corée à l'initiative du Théâtre de Liège, « Nativos » réactive le matériel chorégraphique d’"Hérétiques" (2014) avec quatre danseurs de la KNCDC et en le confrontant à la très vive tradition chamanique coréenne. Complexe et passionnante, l’expérience donna naissance à une chimie aussi précise qu’explosive, intégrant dans la forme le processus lui-même : ce choc des cultures.

Se jouer des clichés, les bousculer, les déformer fait partie de l’univers créatif de la chorégraphe. Qui ici y mêle quête identitaire, relecture des rituels, exploration neuve des rives de la transe, entre sauvagerie incontrôlée et précision millimétrée. Avec la pianiste Lea Petra, le musicien Yeo Seong Ryong et le quartet de danseurs, la pièce évolue entre unisson et chaos incantatoire. C’est troublant, galvanisant, parfois drôle, subtilement inconfortable dans le va-et-vient entre la géométrie qui rassure et l’extrême qui déstabilise.

« Pour comprendre l’autre, il faut s’autoriser à s’en moquer, de la même façon dont tu te moques de toi-même face à l’autre. L’autodérision est une manière de casser les barrières. » Ce à quoi Ayelen Parolin s'adonne avec la frénésie réfléchie qui la rend si unique. Et dont témoignait à nouveau « Autóctonos », sa création aux Tanneurs, dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts.M,Ba,

Nativos, chorégraphie Ayelen Parolin

Créé au Seoul Arts Center, et en Belgique au Centre culturel d'Engis, aux Tanneurs et au Théâtre de Liège

Coproduction KNCDC (Compagnie nationale coréenne de danse contemporaine), Théâtre de Liège, Les Tanneurs

Reprise : le 6 juillet à Mons (Festival au Carré), du 9 au 19 juillet à Avignon (CDC Les

Hivernales/Théâtre des Doms)