Cocktails

/web/photos/2014.Cocktails.pngThierry Smits là où il excelle: sans compromis, la danse qui sent le soufre, voire le foutre. Celle qui prend position. « Cocktails » nous rebranche ainsi sur son univers: érotisme et politique avec un sens de l’image pop et baroque et une bande-son impeccable (signée Maxime Bodson). On assiste donc à un cabaret politique dansé, déjanté où les numéros se piquent de l’époque: du cynisme de la finance en passant par le printemps arabe, les tortures d’Abou Ghraib, le mariage gay, l’avortement, etc. Un défilé de «danses macabres» au rythme allumé, pailleté. Ainsi, se grimant et se costumant à vue, les cinq danseurs s’en donnent à cœur joie : secouer méchamment des poupées sur du Clash, Should I Stay Should I Go à fond la caisse, «enculer» une mappemonde «clin d’œil» à la scène du Dictateur, danser la torture «à la Abu Ghraib», danser une tuerie sur marionnettes… Et que dire de l’arrivée impromptue de trois femmes sexy, slip vert, sein nus, armées d’aspirateurs-kalachnikov, entre Femen et Pussy Riot, venues nettoyer la connerie humaine sur le tube de Wagner, La Chevauchée des Walkyries, rappel d’…Apocalypse now ?!  L’humour (ironie, 2ème degré) est là, mais la danse reste le fil conducteur. Cocktails possède une belle cohérence terminant somptueusement par un pied de nez. Après «tant de violence» d’un monde disjoncté, sur la musique joyeuse d’un clavecin, les corps souillés vont narguer le monde dans une orgie (communicative) comme on fait la révolution: au bord de la fureur de vivre… Un" Cocktails" bien frappé!

« Cocktails », Création au Théâtre Varia. Production: Compagnie Thor, co-production: CNCDC Châteauvallon. En tournée. 

Hérétiques

/web/photos/2014.Hérétiques.pngDeux danseurs, ou plutôt deux performeurs (Marc Iglesias et Gilles Fumba) accompagnés par une femme au piano (Lea). Le premier triangle est formé par ces deux entités auxquelles s’ajoute la lumière. D’autres variations infinies de la figure chargée de puissance et d’équilibre vont lui succéder à une cadence soutenue, frénétique. Les bras se croisent, les coudes se plient en angle. Comme dans un rituel contemporain, le mouvement machinique, incessant proche de la transe, basé sur la répétition et surtout une endurance impressionnante renvoie aux contraintes d’efficacité, de performance, de rentabilité de nos sociétés actuelles. Une hérésie pour la nature humaine. S’appuyant sur les techniques chamaniques (le son rythmique, le chant et le mouvement aident le chaman à se plonger dans un état modifié de conscience, qui lui permet de voyager entre les réalités), la chorégraphe argentine Ayelen Parolin s’attèle selon sa note d’intention « à une construction mathématique du mouvement, mais aussi à canaliser les deux interprètes dans une gestuelle géométrique complexe et précise, oscillant en crescendo entre canon et unisson. Jusqu’à leurs limites, jusqu’aux limites ; pour voir à cet endroit-là ce qui pourra advenir… » Créé au festival « In Movement » aux Brigittines, « Hérétiques » est un voyage au bout duquel apparaît la spontanéité et la force essentielle de l’être. D.B

« Hérétiques », chorégraphie d'Ayelen Parolin, interprétation : Marc Iglesias, Gilles Fumba, Composition musicale : Lea. Production : RUDA asbl, coproduction : Charleroi Danses, Les Brigittines, Théâtre Marni. Création aux Brigitines. Reprise à la Raffinerie les 19 et 20 mars 2015.

elu

Tant'Amati

/web/photos/2014.TantAmati.pngDans un intérieur qui sent le quotidien, un homme et une femme déambulent, se croisent, se cherchent, s'évitent sur fond de bruit de bouilloire et de chansons de Brigitte Fontaine. Par moments, ils se figent, à d'autres, ils se retrouvent dans un même mouvement, toujours furtif. Les trajectoires décrivent le chassé-croisé millimétré de ce couple qui a vécu. Le temps est passé, l'amour s'est émoussé. Le temps passe encore, les gestes se répètent, d'un jour à l'autre. Ils échangent quelques mots sans conséquence ou s'écrivent parce qu'ils n'arrivent plus à se parler. « C'est dramatique et c'est normal, explique Erika Zueneli. C'est dramatique, comme la vie, l'ironie en plus. C'est un regard sur soi terrible, comme la vie, mais ça continue et c'est pas grave ». La pièce, qui évoque la relation d'amour dans le temps et l'absurdité de rapports amoureux qui se sont perdus en eux-mêmes, fait référence au film d'Ettore Scola "Nous nous sommes tant aimés" (C'eravamo tanto amati, d'où le titre « Tant'amati »). C'est une réalité donnée à voir où la forme prime sur la narration. Le corps des comédiens parle par la forme que lui donne l'écriture chorégraphique, même dans des gestes très quotidiens, et dessine cette vie à deux dans l'espace. Chorégraphe et danseuse, Erika Zueneli est née à Florence et a fréquenté à̀ New York les écoles d'Alwin Nikolais et Merce Cunningham. Depuis 1996, elle collabore avec la Cie Mossoux - Bonté. En 1998, elle entame une recherche personnelle avec les solos « Frê̂les Espérances » et « Ashes » et fonde avec Olivier Renouf la Cie l'Yeuse en 2000.

« Tant'amati » d'Erika Zueneli a été créé aux Brigittines en octobre 2013 et repris avec une (vraie) scénographie lors du festival « In movement » au même endroit en mars 2014.