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Black Milk

/web/photos/2013_Black_Milk.pngBlack Milk ou l’interdépendance engendrée par la symétrie. La réflexion est cérébrale, la chorégraphie de Louise Vanneste d’un raffinement sensoriel. Deux femmes sur un plateau blanc et une lumière jouant du noir. Minimal, le geste prend le temps de son mouvement, quasi une exploration en miroir qui s’avance en décalage. Une lenteur extrême, une atmosphère ultra physique, une beauté plastique quasi brute, un bain sonore électronique : Black Milk est hypnotique. Impressionnantes aussi ces deux danseuses qui évoluent, un mouvement entrainant un autre, sans jamais se regarder. Le duo traverse le corps et la présence, en appui sur une mémoire très retenue de postures, là un signe de pouvoir, là une posture animale, là une esquisse absurde. La traversée est troublante. Formée à PARTS, en résidence à Charleroi-Danses, Louise Vanneste signe des chorégraphies intenses, explorant d’une même force le corps, la lumière, le son, l’image, l’espace. Toujours dans un questionnement du corps comme présence «ici et maintenant», explorant la (dé)personnalisation. Black Milk est sa quatrième pièce, avec laquelle la jeune chorégraphe poursuit son chemin, après Sie Kommen, Home et Persona. Dans sa lignée, elle prépare un film Going West, un duo sur le «corps-action» entre les figures du nomade et du sédentaire.

Black Milk, chorégraphie de Louise Vanneste. Création aux Brigittines. Une coproduction de Charleroi-danses et des Brigittines. Reprise les 14 et 15 novembre à la Biennale de Charleroi Danses 2013 - PBA/Hangar, Charleroi.

Débords

/web/photos/2013_debords.pngAprès Valence, sa ville natale, et Madrid, Olga de Soto poursuit sa formation au CNCD d'Angers. Interprète chez Michèle-Anne De Mey, Claudio Bernardo, Pierre Droulers ou encore Felix Ruckert, elle entame un travail de recherche et d'écriture chorégraphiques dont naîtront, dès 1992, plusieurs pièces, en solo, duo, trio. La recherche, donc. De La Table verte, pièce créée en 1932 par le chorégraphe allemand Kurt Jooss, l’essence est politique et les échos continuent de poursuivre ceux qui l'ont vue ou interprétée, à divers moments de l’Histoire, en divers points du globe. C’est vers eux, spectateurs et danseurs, qu’est partie Olga de Soto, en quête de l’impact toujours prégnant de cette œuvre fondatrice qui dénonçait la montée du fascisme et annonçait la guerre. Toutes les guerres. Faisant suite à Une introduction, Débords/Réflexions sur la Table verte met en scène six danseurs qui, dansant peu, impriment néanmoins du mouvement au plateau, aux écrans et haut-parleurs qui le peuplent. Comment transmettre, donner à voir, à entendre, à sentir une œuvre et son impact ? Ce défi, Olga de Soto le relève dans un spectacle dont la relative aridité n’éclipse jamais la profondeur et la portée de la parole. Ses témoins, filmés, choisis, sous-titrés, disent et tracent, par le souvenir, un moment de leur vie qui pour certains les a profondément modifiés. C’est d’une onde de choc qu’il est ici question, interrogation irrévocable, lancinante, aux ramifications infinies.

Débords/Réflexions sur la Table verte d'Olga de Soto. Coproduction des Halles, festival Latitudes Lille/Bruxelles et Festival d'Automne à Paris.

Luciola

/web/photos/2013_Luciola.pngNée en France en 1967, formée à l’école Juan Tena et Ramon Soler à Barcelone, puis à Mudra, l’école de Maurice Béjart à Bruxelles, Karine Ponties est d'abord interprète, notamment pour Frédéric Flamand, Michèle Noiret, Mossoux/Bonté, Pierre Droulers, avant de fonder sa propre compagnie en 1995. La chorégraphe, dès ses premières créations, développe un univers empreint d'onirisme, d'étrangeté, bien que parfois singulièrement terrien. Avec les « Fantasmagories organiques » de Luciola, fidèle à son style personnel et identifiable, elle aborde des terrains en partie neufs. Si elle a souvent chorégraphié des hommes, Karine Ponties a opté ici pour la parité, avec un quatuor composé d’Ares D’Angelo, Eric Domeneghetty, Shantala Pèpe et Vilma Pitrinaite. Entre eux se nouent des alchimies mouvantes, étonnantes. Travail – voire étude – sur le corps, ses états, ses modifications, ses fantasmes de transfiguration, ses limites outrepassées, Luciola s’intéresse de près au monstre : ni celui qui effraie les enfants, ni même celui qui hante les faits divers, mais le compagnon quotidien des humains, la bête qui squatte une portion de l’esprit ou un coin du salon, le monstre qu’on apprivoise d’autant mieux qu’il nous ressemble tant. La parole participe de cette nouveauté, comme une tentation réaliste – touchante – qui n’efface jamais la part du rêve, l’essence du fantasme. Le pouvoir des images reste prégnant dans cette pièce portée, aussi, par les musiques entêtantes de David Monceau. De résolument étrange qu’il était, le bestiaire du début est devenu infiniment humain. Et franchement ludique. M.B.

Luciola, de Karine Ponties. Une production de la Cie Dame de Pic. Création aux Brigittines.