Lamento

/web/photos/lamento_julianhills6-1.pngAvec le «Lamento» de Michèle Anne De Mey, les spectateurs vont assister, tableau après tableau, à l’exploration de la séparation, un peu comme des vignettes chorégraphiées. Sur scène, place au dépouillement et la tragédie, un décor crépusculaire… et une danseuse. Le tout au service d’une variation sur le même thème, celui de la femme abandonnée. Le point de départ pour Michèle Anne De Mey aura été la découverte d’un fragment du «Lamento d’Ariana», un opéra de Monteverdi disparu dans un incendie, c’était la deuxième œuvre du compositeur italien. Michèle Anne De Mey a construit ce spectacle patiemment, presqu’au corps à corps avec son interprète, la danseuse italienne Gabriella Iacono qu’elle connaît depuis longtemps. Une complicité mais aussi une fascination pour cette danseuse qui a poussé la chorégraphe à construire un solo sur la thématique de la solitude et de l’abandon. Résultat, une longue plainte chorégraphiée, bouleversante, tissée d’un bout à l’autre de la scène, et qui renvoie à la fois aux figures tragiques de la mythologie grecque mais aussi à une iconographie plus contemporaine comme celle du cinéma néoréaliste italien. D.C.

Lamento, solo pour Gabriella, concept, chorégraphie et mise en scène : Michèle Anne De Mey, interprété par Gabriella Iacono, Charleroi-Danses

elu

Migrations

/web/photos/Migrations.pngSept danseurs sur glace. Dans une vraie patinoire, l’écrin glacé est bien trouvé pour traverser le thème de la migration/immigration. «Migrations» est une chorégraphie qui touche, sans  éclats, ni pathos, juste dans l’esquisse d’un déplacement collectif. De loin, dans la brume, un groupe apparaît en manteaux sobres et ordinaires. Femmes, hommes, ils semblent vouloir nous rejoindre... L’aventure collective commence. Ils glissent, s’élancent, migrent, chutent, se divisent, se perdent… «Migrations» impossibles. Emouvant, ce spectacle de la chorégraphe Nicole Mossoux et du metteur en scène Patrick Bonté réussit une métaphore poétique et mélancolique, qui sonde discrètement le genre humain et questionne la société. Dans cet envol en clair-obscur, la glisse du « corps sans contrainte » nous emmène au-delà de la scène dans la réalité universelle de la migration des hommes, avec ses obstacles, ses exils intérieurs, son déracinement. 7 danseurs fendant l’air sur 2 lames. Très forte, cette chorégraphie évoquant la réalité des migrants sans tomber dans le réalisme. N.A.

Migrations, une coproduction de la Cie Mossoux-Bonté, Charleroi-Danses et Centre de chorégraphique du Val-de-Marne 

Personne(s)

/web/photos/Personne(s).pngDans « Personne(s) », on sait d’emblée, lorsque la première enfant entre en scène et malgré l’appellation « Projet-Quartier », que l'on va assister à un spectacle maîtrisé. La demoiselle n'a pas dix ans, mais elle monte sur les planches d'un pas sûr et, sans ciller, exécute quelques ronds de jambe. Elle est rejointe par l'ensemble de la troupe, 21 habitants des Marolles, sélectionnés selon trois catégories d'âges (6-12 ans, 18-30 ans, plus de 60). Il faut les voir, arriver, prendre place, s'enlacer, glisser sur le sol... Le travail sur le corps, sans pesanteur, est palpable. Sans heurts, les tableaux s'enchaînent. Par petits groupes, parfois même seuls, les danseurs investissent l'espace. Thierry Thieû Niang a réussi le pari de donner à chacun sa place. Les musiques donnent le tempo, mais chacun évolue à son rythme. C'est plein de couleurs mais c'est intensément sobre. C'est amateur mais pas approximatif. C'est toutes générations confondues mais ce n'est pas brouillon. Chacun son rôle, chacun existe. Mouvement après mouvement, image après image, on se laisse bouleverser par l'utopie recréée sur le plateau, sans mièvrerie aucune. Par l'espoir véhiculé par des corps qui, pour certains, ont déjà tant vécu. Par des âmes qui, le temps d'une saison, se sont données à la danse. A.N.

Une création du Théâtre Les Tanneurs en collaboration avec le CPAS de la Ville de Bruxelles et la Comédie de Valence – Centre Dramatique National Drôme-Ardèche.