Alain Platel

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Nicht Schlafen est né d’un paradoxe: mettre Mahler au centre d’une œuvre alors qu’au départ Alain Platel, attiré par Bach, Monteverdi ou Mozart, déteste ce Viennois post romantique et «sucré», Mais en lisant Les années vertigineuses » de Philipp Blom qui décrit la Vienne précédant la guerre 14-18, il découvre d’étonnantes similitudes avec notre époque, des changements à tous les niveaux de la société et la montée de l’extrême droite préparant une catastrophe planétaire. Du coup Mahler devient un contemporain, pas si éloigné du monde de Daesh, de Trump et des nationalismes exacerbés. Platel écoute alors ses symphonies différemment, aidé par Steven Prengels et y découvre des mélodies juives, de la musique foraine, populaire, militaire et une façon de les « sampler » qui enchante Platel l’éclectique. Il a donc son sujet, la folie guerrière, les déchirures sociales, les menaces qui planent et une musique forte qui porte ces contradictions. Il lui reste à trouver un groupe de danseurs dont les corps incarnent ces conflits. ‘J’ai toujours eu la prétention, dit-il de vouloir dire quelque chose sur le monde, pas le monde en général, mais les histoires personnelles des danseurs issus de ce monde. D’où la présence simultanée d’Africains, d’Asiatiques, d’un juif et d’un musulman. Je tiens compte de la sensibilité des uns et des autres et en même temps, toutes ces identités donnent une couleur au spectacle.’ La réussite est totale : la scénographie de Berlinde de Bruyckere plante trois chevaux morts comme une image centrale très physique où les danseurs se heurtent dans de curieuses sarabandes de mort et résurrection, d’horreur et de sensualité. On est plongé dans un retable mouvant qui mêle mystique chrétienne et sensualité païenne alternant des combats violents et des tendresses infinies. La musique de Mahler est infiltrée de polyphonies africaines chantées live par deux danseurs de Coup Fatal. Et les ensembles chorégraphiques ont rarement atteint un tel niveau de grâce des corps.

C.J.

Nicht Schlafen : ouvrons l’œil ! Nicht schlafen d’Alain Platel au Théâtre de Namur le 25 février. Au KVS Bol du 30 mai au 3 juin. En tournée internationale.