Crâne

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Patrick De Clerck, philosophe et psychanalyste, inspire décidément Antoine Laubin et Thomas Depryck qui puisent dans son œuvre une matière théâtrale savoureuse et profonde. Après Dehors et Démons me turlupinant, voici Crâne, une autobiographie peu ordinaire qui décrit avec minutie et humour une angoisse existentielle que nous partageons tous. La peur du cancer pire, le cancer du cerveau qui menace le moteur même de nos capacités à penser, écrire, créer ou simplement survivre en homme pensant. Alors extraire une tumeur et jusqu’où pour éliminer le danger sans finir en légume dépendant ? Antoine Laubin et son complice Thomas Depryck proposent une symphonie en trois mouvements, avant, pendant et après l’opération du « crâne » Le personnage central aurait dû être Patrick lui-même mais Philippe Jeunette y compose un rôle surprenant de grognon entre rage et angoisse, procédant par interventions brèves et fulgurantes. Impressionnante présence physique, inoubliable, pendant l’opération. Remarquable aussi l’intelligente distribution des acteurs, des familiers d’Antoine Laubin qu’il met au bon moment selon leur talent. Jérôme Nayer assume la montée d’angoisse initiale, le dialogue tendre ou agressif avec la famille, le médecin, la chienne adorée. Avec Hamlet en référence ! Hervé Piron injecte son humour décalé dans la partie centrale, la plus grave, l’opération interminable avec la question centrale : faut-il laisser une partie de la tumeur pour rester un homme, doté de langage et créateur ? Renaud Van Camp assure le retour au calme en douceur et Antoine Laubin circule en médecin ou chef d’orchestre discret.

Une très belle performance d’ensemble qui va affronter la touffeur d’Avignon dès 10h du matin, aux Doms.

Un spectacle de De Facto. Coproduction Rideau de Bruxelles, La Coop asbl en partenariat avec le Théâtre Varia. Avec le soutien de Shelterprod, Taxshelter.be, ING, Tax Shelter du gouvernement fédéral belge. Avec l’aide du Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles – Service du Théâtre – CAPT.

Création au Théâtre Varia pour le Rideau de Bruxelles.

Reprise du 5 au 27 juillet au Théâtre des Doms à Avignon. Ch.J.

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L.U.C.A. – Last Universal Common Ancestor

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« D’où viens-tu » ? , la question, posée d’entrée de jeu, est au cœur de ce spectacle écrit, mis en scène et interprété par Hervé Guerrisi et Gregory Carnoli. Le point de départ est un constat : les migrants d’hier, et notamment ces grands-parents venus d’Italie pour extraire notre charbon, se sentent peu solidaires de ceux d’aujourd’hui. « Nous on est venus pour travailler, eux pour profiter ». Comment expliquer ces réactions xénophobes? La mémoire de la migration familiale serait-elle perdue ?

Nos deux amis embarquent alors dans un voyage aux sources de leur généalogie, depuis les cercles proches jusqu’aux terres d’origine : les Abruzzes pour l’un, la Calabre pour l’autre. Forcés de constater partout une hostilité à l’égard des migrants, ils interrogent Internet pour y découvrir finalement qu’on est tous cousins depuis Charles-Quint. Mieux encore : leurs ancêtres ont parcouru l’Iran, l’Irak et les Balkans pour débarquer finalement à Lampedusa …! CQFD !

Interviews, documents, références scientifiques à l’appui, Hervé Guerrisi et Gregory Carnoli (co-mise en scène Quantin Meert) revisitent le thème de la migration, déjà si souvent traité, avec intelligence et humanité. En faisant de leur histoire personnelle un enjeu universel, ils en renouvellent l’approche de manière originale. Mais sans se prendre au sérieux et avec un humour qui imprègne tout le spectacle.

Généreuse, portée par deux excellents comédiens, cette oeuvre nous rappelle que nous descendons tous - de la langouste à l’ornithorynque en passant par l’orchidée, l’herbe sur laquelle vous marchez, le chinois, l’arabe, - de L.U.C.A. (Last Universal Common Ancestor). D.M.

Un spectacle de la Cie Eranova. Une production de L’Ancre – Théâtre royal. Coproduction

Théâtre National Wallonie-Bruxelles, Théâtre Jean Vilar Vitry-sur-Seine, La Coop asbl. Avec l’aide du Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles - Service du Théâtre. Avec le soutien de la Cité Maison de Théâtre & Cie et le Théâtre des Doms dans le cadre du programme “Le Réel Enjeu”, La Fabrique de Théâtre, 9-9 bis-Le Métaphone, MCA Recycling sprl et le Tax-Shelter du gouvernement fédéral belge.

Création à L’Ancre – Théâtre royal.

Reprise Du 5 au 25 juillet à la Manufacture à Avignon, les 12 et 13 août 2019 au Royal Festival de Spa, du 24 au 30 avril 2020 à L’Ancre (Charleroi), du 5 au 16 mai 2020 au Théâtre national.

Playback d’histoires d’amour

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Au cabaret des cœurs brisés, on chante ! En playback, mais on chante quand même. La première prouesse de Delphine Bibet dans Playback d’histoires d’amour est d’avoir réconcilié l’art populaire au discours philosophique. Croiser Jean Manson et Roland Barthes, ou Hervé Vilard et Alain Badiou, il fallait le faire. S’il y a bien une chose qui réunit tous les habitants de cette planète, c’est l’amour et les bonheurs et chagrins qu’il occasionne. Pour sa première mise en scène, la comédienne, formée à l’Insas et vue chez Aurore Fattier, Jean-Claude Berrutti, Lorant Wanson… confronte le discours analytique de l’universitaire aux paroles franches et sirupeuses des chanteurs de variété, deux facettes d’une même vérité. Le tout mis dans la bouche d’une brochette de comédiens merveilleux - Delphine Bibet, Catherine Mestoussis, Thierry Hellin et Alexandre Trocki- qui n’émettront aucun son de tout le spectacle, si ce n’est celui enregistré pour eux, Comme un quatuor de voix rapportées. « Cet état particulier dans lequel je me suis retrouvée en travaillant le playback, ce vertige d’être dépossédée de sa propre voix, (…) de s’approprier une autre voix, un autre souffle, l’histoire d’une autre personne au travers d’une chanson d’amour, explique Delphine Bibet, m’a donné l’envie d’approfondir ces découvertes et de rendre visible au spectateur cette étrangeté, ce trouble et la fascination que cela procure. » Ces personnages nous fascinent, même s’ils ne sont pas nommés, car ils ont tous quelque chose à nous raconter de nous et des autres. Poussant la désincarnation jusqu’au bout, chaque son, chaque pas, chaque geste est en son indirect. De quoi rendre le spectacle universel en suscitant une empathie à laquelle peu restent indifférent. Dans ce vieux cabaret, scénographié par Vincent Lemaire, le strass – le spectacle - souligne autant la larme à l’œil et le rire, et c’est ça qui est fort. "Faisons l'amour avant de nous dire adieu…" N.N.

Playback d’histoires d’amour, de Delphine Bibet. Un spectacle du Théâtre royal de Namur. Coproduction Théâtre National de Belgique avec La Coop asbl et Shelter Prod. Avec le soutien de taxshelter.be, ING et du tax-shelter du gouvernement fédéral belge. Création au Théâtre royal de Namur.