Ismaïl Akhlal

/web/photos/2017-IsmailAkhlal_phDR.jpgIsmaïl Akhlal, 28 ans, est auteur, acteur et metteur en scène à ses heures perdues, quand il ne travaille pas dans l’épicerie de son père, Bab Marrakech, située sur la Chaussée d’Ixelles, proche de la Porte de Namur. Deux mondes a priori opposés sauf que l’artiste les a croisés dans un seul en scène pétaradant, et touchant, qu’il a intitulé … « Bab Marrakech ». On y croise aussi bien Flamands, Turcs, Berbères, expatriés français, Russes, Bruxellois « de souche » ou d’adoption, tous incarnés par un Ismaïl Akhlal transformiste qui change de personnage en une perruque, un accent, un changement de ton. Au-delà des échanges a priori banals autour des courses à faire se dessinent des milieux sociaux, des manières d’êtres, d’appréhender la société belge dans ses mille et un contrastes. On y découvre un fournisseur de produits halal pour la société « halalluia », une madame pipi bruxelloise parmi les plus fidèles clientes, un fervent musulman qui transforme la chanson de la Reine des Neiges en hymne religieux hilarant, des bobos décalés, un chef de rayon à la logique pleine de surprises. Tout ce petit monde rend hommage à Bruxelles la multiculturelle. Sur ces portraits drôles et attendrissants se greffe le récit poignant d’une relation père-fils. Réticent à remplacer son paternel, malade, dans l’épicerie familiale, Ismaïl s’y résout pour finalement se rapprocher de cette figure sévère et inaccessible. Il en ressort une tendresse que les mots ne peuvent exprimer. Si on rit beaucoup, on ressort surtout de Bab Marrakech avec l’envie d’aimer la ville telle qu’elle est. Sans jamais porter de jugement, Ismaïl Akhal croque avec un naturel désarmant une population riche de son métissage. (C.Ma.)
Ismaïl Akhlal dans Bab Marrakech, d'Ismaïl Akhlal, Naïm Baddich et Salim Haouach. Mise en scène de Mohamed Ouachen (Compagnie Ras El Hanout). Créé à l'Espace Magh

Adrien Drumel

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On pourrait croire qu'Adrien Drumel est un danseur. Dans ses prestations, multiples encore une fois cette saison, il prouve que le corps est l'un des plus importants outils de l'acteur. Il surprend même avec celui-ci dans « Pétrole ! » que Frédéric Dussenne a adapté de Pier Paolo Pasolini. Quatorze spectateurs autour d'une table écoutent ce personnage qui raconte cette histoire troublante de rapports Nord-Sud. Le jeune comédien ponctue ce monologue de chorégraphies venues d'ailleurs, instantanés adressés à son metteur en scène resté en observateur discret de cette tablée particulière. Cette affection pour le mouvement, cet ancien étudiant du conservatoire de Mons nous l'avait déjà montré dans les fantastiques « Reflets d'un banquet » de Pauline d'Ollone. Que ce soit dans les classiques - « Les Femmes savantes » de Molière ici aussi mis en scène par Frédéric Dussenne- ou dans les textes plus contemporains - « La beauté du désastre » de Thomas Depryck et mis en scène par Lara Ceulemans-, ce boulimique des planches a démontré une palette de jeu diversifiée, ne craignant jamais la difficulté du texte ou du rôle. Avec sa longue barbe, il participera aussi à la prochaine démonstration masculine d'Eline Schumacher « Le village des zizis », dont on a pu apprécier un avant-goût au festival XS. Nul doute que cet acteur qui semble n'avoir peur de rien -y compris vider une bouteille de rouge à chaque représentation de « Pétrole ! » - ne sera plus longtemps un espoir, tant son talent semble déjà confirmé. (N.N.)


Adrien Drumel dans Les Femmes savantes, de Molière. Mise en scène de Frédéric Dussenne. Créé au Théâtre des Martyrs. Coproduction Théâtre en Liberté, L’Acteur et L’Écrit, La Servante dans Pétrole !, d'après Pier Paolo Pasolini. Mise en scène de Frédéric Dussenne (Compagnie L'Acteur et L'Écrit) et dans La beauté du désastre, de Thomas Depryck. Mise en scène de Lara Ceulemans (Les Meutes asbl). Créé à MARS (Mons arts de la scène). Coproduction Mars – Mons arts de la scène et le Théâtre National Bruxelles

François Regout

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« Epoustouflant » : un adjectif à la grosse louche, utilisé comme un chemin facile. Et pourtant, c’est cet adjectif, tout simple, qui définit le mieux l’uppercut du jeu de François Regout dans Is There life on Mars ? d’Héloïse Meire (Cie What’s Up). C’est ce qu’on entend parmi les spectateurs jusqu’à la sortie du spectacle. Il existe des talents qui comme des tubes débarquent comme une évidence. Nominé dans la catégorie  « meilleur spectacle », la pièce nous plonge dans un univers théâtral sensoriel sur l’autisme en alternant des témoignages joués/restitués par les comédiens ainsi que des scènes oniriques proches de l’installation plastique.

Joué sur le fil entre l’intériorité de l’autiste et l’extériorité du témoignage, François Regout excelle avec une précision de jeu (voix et corps), se mouvant dans une fluidité kaléidoscopique à l’image du spectacle. Même glissé dans un excellent quatuor d’interprètes, son talent se remarque, ainsi de son interprétation confondante, bluffant, de Josef Schovanec (autiste militant, chroniqueur truculent sur France2, Europe1, RTBF-La Première).

Ce jeune comédien de 28 ans est sorti de l’IAD en 2016 tout en enchaînant quelques stages intéressants : danse-marionnette, clown, méthode Laban ou encore Suzuki Viewpoints, chant et doublage. Au théâtre, on le retrouve dans Zazie dans le métro (m.e .s Miriam Youssef), Paraît que la vie est belle (m.e .s  Sylvie De Braekeleer), Woody in Love (m.e .s Eric de Staercke) ainsi qu’assistant à la mise en scène de Gunfactory  (Cie Point Zéro).  En 2014, encore étudiant, il signait L'orgasme du cumulonimbus (30') (« spectacle poético-burlesque mêlant, marionnette, mime et danse, 3 personnages s'affrontent pour trouver leur place sur scène »). Talent à suivre. N.A.