Marie Bos

/web/photos/2017-MarieBos_Marc_Debelle.jpgMarie Bos , c'est une voix, grave et précise, qui semble parfois venir d'ailleurs. C'est cet outil dont elle joue pour gagner en force, ce que ne présage pas sa fine silhouette. Mais trêve de commentaires sur le physique, car c'est son jeu multiple et maîtrisé qui nous a conquis cette année. Avec une assurance déstabilisante, elle incarne en début de saison la mystérieuse Hyène dans « Apocalypse Bébé » mis en scène par Selma Alaoui. Cette ex-flic lesbienne aux méthodes musclées et à la sexualité assumée joue sur le paradoxe entre le corps et l'attitude. Mais d'elle se dégage une aura, autant de solidité qu'une fragilité. Marie Bos adopte la dégaine de celle qui ne s'en laisse pas compter mais révélera au final son humanité, à la Virginie Despentes, surgissante en point final. Dans « Les enfants du soleil », elle intègre pour la première fois la troupe de Christophe Sermet, se mêlant au plaisir de ces formidables actrices et acteurs d'être ensemble sur scène. Pour le rôle de Lisa, sœur inquiète du naïf Protassov, Marie Bos offre une palette encore différente. Ce personnage qui s'interdit l'amour avait besoin d'un phrasé plus lié, moins assertif. Elle voit la crise venir et tout le monde s'en fout. Ce n'est certainement pas la première saison que la comédienne nous impressionne. Que ce soit sous la direction d'Anne-Cécile Vandalem, d'Anna Thuot ou encore de Claude Schmitz, cette diplômée de l'Insas inonde la scène de son originalité, à l'image de ces metteurs en scène qui l'on choisie. Après « Bleu Bleu », elle retrouvera Stéphane Arcas pour sa deuxième mise en scène « Retour à Reims », d'après Didier Eribon, une création attendue au Varia en octobre. (N.N.)
Marie Bos dans Apocalypse bébé, de Selma Alaoui d'après Virginie Despentes (Collectif Mariedl). Créé au Théâtre de Liège. Coproduction Théâtre de Liège, Théâtre Varia, Théâtre de Namur, Manège.Mons et dans Les enfants du soleil, de Christophe Sermet d'après Maxime Gorki (Compagnie du Vendredi). Créé au Théâtre des Martyrs pour le Rideau de Bruxelles.

Cathy Grosjean

/web/photos/2017-CathyGrosjean.jpg

Une pièce de rhéto comme révélateur de plaisir théâtral, l'IAD pour suivre, dont elle sort en 1995. Et puis la Ligue d'impro, le Rideau, le Poche, l'Infini Théâtre... Des essais, des erreurs, des joies, et bien sûr des rencontres, comme avec Georges Lini. L'aventure du Z.U.T., à Molenbeek, peut commencer, audacieuse et collective. Jusqu'à « La Défonce », le tout dernier spectacle du Zone Urbaine Théâtre – qui lui vaut le Prix de la Critique de la meilleure comédienne pour la saison 2009-2010.

Du répertoire (Shakespeare, Maeterlinck, Brecht, Molière...) aux écritures actuelles, du cinéma à la manipulation de marionnettes, Catherine Grosjean circule dans des univers multiples avec une étonnante plasticité, et un goût certain pour les projets socialement engagés (dont, cette année, « Sing my life » de Cathy Min Jung).

Une longue complicité unit l'actrice à Jasmina Douieb, l'une de ses comparses du Z.U.T., qu'elle retrouvait cette saison pour « Taking care of baby ». À l’origine de la pièce du Britannique Dennis Kelly, il y a un fait divers : une jeune mère, Donna McAuliffe, jugée pour double infanticide. Catherine Grosjean lui donne un visage, une voix, une retenue troublante, presque attachante. À l’heure où le théâtre documentaire (ou “verbatim”) prend une place croissante sur les plateaux, et à l’ère effrayante de la post-vérité, la création de la Cie Entre Chiens et Loups avance avec puissance, audace et subtilité sur un terrain miné par les fausses évidences. Et où excelle la comédienne, développant en parallèle l'humanité et l'ambiguïté de son personnage. M.Ba.

 

dans Taking care of baby

de Dennis Kelly

Mise en scène de Jasmina Douieb (Compagnie entre Chien et Loup)

Créé au Théâtre Océan Nord

Coproduction Théâtre Océan Nord et Atelier 210

Isabelle Wéry

/web/photos/2017-IsabelleWery.jpgOn pourrait commencer par la formule consacrée : on ne présente plus Isabelle Wéry. Car on croit tout connaître d’elle : son talent protéiforme - quand elle n’occupe pas la scène pour y jouer, y danser ou y chanter, elle écrit -, ses music-hall décalés, sa passion pour Nougaro, son goût pour l’érotisme et le corps amoureux, sa présence sensuelle. Oubliez tout cela, oubliez les lèvres rouges, les tenues sexy, et découvrez une autre Isabelle : vêtue d’une robe écrue sans grâce et le visage blafard, ce n’est plus le corps triomphant qu’elle exprime, mais le corps absent d’un esprit malade. La comédienne incarne Percie, une des quatre patientes d’un hôpital psychiatrique imaginées par François Emmanuel dans sa dernière pièce, Les consolantes. C’est à travers la langue que les trois femmes dévoilent peu à peu leur façon d’être au monde. Percie se montre la plus loquace, sa parole abondante est littéraire, maniérée, théâtrale. Isabelle Wéry interprète sobrement et tout en nuances ce personnage complexe qui endosse, avec une étrange excitation, toute une série de rôles, dont principalement celui d’un psychiatre, le docteur Gottschelling, détenteur du pouvoir et maître de leur sort. Une manière d’assurer son ascendant sur ses compagnes et de masquer sa profonde fêlure : sait-elle qui elle est ? Tantôt grave, tantôt joueuse, Isabelle Wéry suit Percie dans ses métamorphoses, au gré des situations et des dialogues qu’elle s’invente en permanence. Curieuse de percer le secret de la femme endormie qui vient de rejoindre leur chambre, Percie propose de fouiller sa valise ; lettres, ordonnances, … peu à peu, au fil de cette mise à nu, l’histoire de l’inconnue servira aux autres de révélateur et son acte terrible résonnera en chacune. Jusqu’au bout, Isabelle Wéry aura trouvé le ton juste pour traduire l’ambigüité de son personnage. (D.M.)
Isabelle Wéry, dans Les consolantes, de François Emmanuel. Mise en scène de Pascal Crochet. Créé au Poème 2