Amitiés sincères

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A priori, une histoire classique : depuis vingt ans, trois amis déjeunent ensemble le premier mercredi de chaque mois. Pourtant, entre les lignes, le public comprend que ce soir-là ne sera pas tout à fait comme les autres.

 

Jacques (Daniel Hanssens), intellectuel spécialisé en reliures de livres antiques, est l’exact opposé de Walter (Alain Leempoel) : caractère sanguin, réfractaire aux livres, plus manuel que cérébral, ce chef d’entreprise paraît aussi à l’aise dans cette librairie de Saint-Germain-des Prés qu’un éléphant dans un magasin de porcelaines. En attendant Paul, le troisième larron, chacun déballe des pans de sa vie et quelques indices sur cette amitié – est-elle si sincère que ça ? – qui les unit depuis des décennies. Une certaine jalousie pointe même dans ce joyeux badinage : Jacques n’a-t-il pas toujours préféré les cocktails littéraires de Paul, l’auteur célèbre, que les pots de fin-de-chantier de Walter, le bon-vivant pragmatique ?

 

Bientôt, les surprises et révélations se bousculent au portillon d’une pièce qui bascule subtilement de la comédie à l’émotion. Quelques femmes (Catherine Conet et Fanny Dumont) vont faire leur apparition dans cette histoire de potes à la vie à la mort et chacun va finir par débiter son chapelet de confidences. Mise en scène par Michel Israël, la pièce carbure à toute allure, boostée par un duo de choc : D’un flegme souverain, Daniel Hanssens prouve que la comédie ne se joue pas forcément dans l’excès mais peut aussi être une affaire de savante retenue. Face à lui, Alain Leempoel est tout aussi savoureux, révélant un écorché vif derrière ses airs fanfarons. Leur évidente complicité rend ces Amitiés d’autant plus sincères.

Mise en scène de Michel Israël.

Un spectacle de La Comédie de Bruxelles.

Création au Centre culturel d’Uccle. C.Ma.

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Desperado

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Ils sont quatre. Michel, Marc, Bruno et Eddy. Desperados qui ont troqué les saloons pour les cafétérias, et les corrals pour les parkings du brico. Le week end, ils se retrouvent dans une fête country où ils échangent les rêves et les frustrations qui surnagent d’un quotidien morne et banal. Ils sont arrivés à l’âge où l’on ne se fait plus trop d’illusions. Lâches et vantards, les quatre copains réécrivent sans cesse leurs petits exploits quotidiens et leurs conquêtes féminines. Desperado a été écrit par les néerlandais Ton Kas et Willem De Wolf qui se sont inspirés des conversations de leurs pères avec leurs amis. La pièce a été remise en selle et en français par deux compagnies, Tristero, la flamande, et Enervé, la francophone. Les quatre comédiens, Hervé Piron, Eno Krojanker, Youri Dirkx et Peter Vandenbempt colorient le texte de leurs accents et de leur flegme dans un humour qui nait de l’absurde de l’existence et du décalage entre ce qu’ils disent et ce qu’ils sont. Desperado, c’est l'auto-dérision et le machisme sans la virilité, qui se niche dans la tête plus que dans les actes. Décor minimal, toute la pièce repose sur les comédiens et sur le texte rempli de longs monologues, de phrases inachevées et de répétitions. Cow-boys sans chevaux, ils tirent à coup de bons mots et de phrases parfois humiliantes, mais au fond ils s’aiment bien parce qu’ils ont besoin des autres pour exister. G.B

Un spectacle de Enervé/Rien de Spécial, asbl et Tristero. Coproduction Enervé/Rien de Spécial asbl, Théâtre Varia, Théâtre de l’Ancre, Tristero, La Coop asbl et Shelter Prod. Avec le soutien de taxshelter.be, ING et du tax-shelter du gouvernement fédéral belge.

Création au Théâtre Varia. G.B.

Scapin 68,

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A l’occasion du cinquantième anniversaire de mai 68, Thierry Debroux relève un pari osé, celui de transposer Les Fourberies de Scapin dans l’univers des années 60 et d’éclairer à la lumière des sixties les conflits entre les générations que l’on retrouve chez Molière. Cheveux longs, pattes d’eph’ et fleur à la bouche, les personnages de la pièce n’ont rien à envier aux plus fervents défenseurs du mouvement hippie. Le ton est donné dès l’entrée du public. Le somptueux rideau rouge du Théâtre du Parc est orné du symbole « Peace and Love ». Le décor, conçu par Thibaut de Coster et Charly Kleinermann, reprend à la craie les slogans révolutionnaires de l’époque: « Il est interdit d’interdire », « Soyez réaliste, demandez l’impossible », « Sous les pavés, la plage » etc. C’est sur le sable des pavés de mai 68, à l’intérieur d’une vieille bâtisse abandonnée en bord de mer que les personnages d’Octave et de Léandre apparaissent jeunes et rêveurs, bien loin d’imaginer qu’un jour la réalité les rattraperait et qu’Argante, le père d’Octave, était en route avec la ferme intention de marier son fils. La suite, on la connaît. Dans le rôle de Scapin, Othmane Moumen, coupe afro et lunettes fumées sur le nez, usera de tous les stratagèmes. Agile comme un chat, il saute du premier étage, prend équilibre sur la corniche, remonte par la gouttière, se contorsionne pour faire entendre la volonté des fils et contourner la colère des pères. Pourtant, aucune ligne du texte de Molière n’a été modifiée. Les conflits entre les pères et les fils se racontent à chaque époque.

Un spectacle du théâtre royal du Parc. Coproduction Atelier Théâtre Jean Vilar, du Théâtre de Liège et DC&J Création. Avec le soutien du Tax Shelter du Gouvernement fédéral belge, des Ets Georges Magis, de TSF.be et d’Inver Tax Shelter. Avec la participation du Centre des Arts scéniques.

Création au Théâtre royal du Parc. F.C.