Stéphanie Blanchoud

/web/photos/2017-StephanieBlanchoud_JohannesVandevoorde.jpg« Il est 9h30, je viens chercher mes affaires. » C'est la séparation, avec son lot d'inventaire, de partage des biens communs, d'énumération des souvenirs du couple, de nostalgie de ces moments, souvent fragiles, fugaces, qui font une relation. Du désarroi naît le courage, le besoin de surmonter cette épreuve et passer à autre chose l'amène au fond d'une cour à l’arrière d’un immeuble où elle pousse la porte d'une salle de boxe. Elle panse ses poings comme elle panse ses plaies.Elle apprend la boxe, à ne pas baisser les yeux, la rigueur, l’épuisement, les coups qu’on donne et ceux qu’on prend. Elle retrouve la confiance, chasse la mélancolie, nettoie la trace de l'autre et entame la reconstruction de cet être dévasté par la rupture. Stéphanie Blanchoud pratique la boxe depuis cinq ans à raison de deux entraînements par semaine, c'est dire si elle connaît son sujet. Le récit a des allures autobiographiques même si l'auteure préfère parler « d'autofiction ». Dans ce monologue particulier, elle déroule une double ligne narrative, comme deux rails parallèles où se confondent métaphore et catharsis. Dans une écriture précise, légère mais efficace, Stéphanie Blanchoud s'efface devant une histoire qui tend vers l’universel. (D.B.)
Stéphanie Blanchoud pour Je suis un poids plume. Mise en scène de Daphné D'Heur. Créé au Théâtre des Martyrs. Coproduction Tatou Asbl, Wild Productions Reprise : le 6 juillet à Stavelot (Festival VTS), le 31 juillet à Bruxelles (Festival Bruxellons!)

Arnaud Hoedt - Jérôme Piron

/web/photos/2017-HoedtPiron_PhDR.jpgEt si tout cela n’était qu’un malentendu ? Et si l’orthographe n’était qu’un outil de discrimination sociale ? Dans « La convivialité », Arnaud Hoedt et Jérôme Piron partent en croisade contre un dogme qui a des effets bien plus politiques que syntaxiques. L’un est professeur de français et l’autre professeur de religion catholique. Collègues dans la même école – l’’Institut Don Bosco à Woluwé Saint-Pierre – ils ont imaginé une conférence à la fois pointue et décalée pour retracer l’histoire des subtilités (absurdités ?) de la langue et questionner l’entreprise de sacralisation qui étouffe tout débat. Sur leur écran géant en guise de tableau noir, ils nous font réviser quelques règles linguistiques irrationnelles. Summum de l’aberration : on écrit « confiture de groseilles » au pluriel mais « gelée de groseille » au singulier parce qu’on distingue les fruits dans un cas et pas dans l’autre. La présence du « s » dépend donc du temps de cuisson ! Les lettres muettes, les pluriels en « x » : tout y passe, avec les explications historiques – dont la distraction des moines copistes - de ces excentricités. Le tout agrémenté de fautes légendaires – le fameux « Omar m’a tuer » - et flagrants délits humoristiques. L’orthographe servirait-elle d’outil de sélection sociale ? Ne plonge-t-elle pas les enfants dans une insécurité linguistique obstruant les idées, la poésie, la création ? Pourquoi, sur une faute d’orthographe, juger la personne plutôt que la faute elle-même ? Le spectacle pousse la porte d’un débat passionné. (C. Ma.)
Arnaud Hoedt et Jérôme Piron pour La Convivialité. Mise en scène d'Arnault Pirault. Créé au Théâtre National. Coproduction Théâtre National, L'Ancre Charleroi Reprise : le 1er juillet à Stavelot (Festival VTS), du 8 au 28 juillet à Avignon (L'Eldoradôme), le 19 décembre au Théâtre de La Louvière, du 8 mai au 23 juin au Théâtre Le Public à Bruxelles

Myriam Leroy

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Elle a la dent dure, Myriam Leroy, qu’elle "cause dans le poste" ou qu’elle croque ses contemporains dans la presse écrite. Avec un talent aiguisé, un sens de la formule et une fine analyse des œuvres littéraires. Invitée par Nathalie Uffner du TTO à composer un texte de théâtre, ça donne un premier essai prometteur dans un genre précis et limité : la pièce à sketches. "Cherche l’Amour", ce sont donc 9 instantanés rythmés et féroces sur des solitaires en manque, essayant de combler, en vain, leur vide intérieur par une rencontre hasardeuse via internet. On voit défiler une pute et "un jeune péteux de la finance", un vieux à la recherche de petites jeunes, 2 couples d’échangistes, où les cathos sont plus vicelards que les "libérés", deux "vieux pédés"(sic) décatis, vrai "numéro" d’acteurs qui fait crouler la salle. Un gros et une grosse qui se dézinguent et une polyamoureuse, qui se présente au public en ces termes: " Je m'appelle Jane, j'ai 33 ans, et je cherche un garçon ou une fille, ou les deux, ou deux garçons ou deux filles ou ce que vous voulez du moment que ça tient chaud et que ça ne vous abandonnera pas sur une aire d'autoroute au début des vacances". Alors, des clichés, tout ça ? Myriam Leroy assume " Au fond nous sommes tous des clichés et une partie de ces personnages nous ressemblent". Et se défend de tout cynisme: "sur les sites de rencontre la part de cruauté est beaucoup plus forte alors que mon écriture laisse la place à beaucoup plus de tendresse".  La plume acidulée fait mouche, pensée pour produire une machine à rire sur scène. Au total une "série" TTO pas loin de la "qualité Ministru", dans "Cendrillon, ce macho". Il y a pire référence. (C.J)


Myriam Leroy pour Cherche l'amour. Mise en scène de Nathalie Uffner. Créé au Théâtre de la Toison d'or Reprise : du 30 août au 2 septembre 2017 au Théâtre de la Toison d'or